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[Compte rendu] Observatoire 2026 de l’égalité entre femmes et hommes dans la culture et la communication

À l’occasion de la journée internationale de lutte pour les droits des femmes (8 mars), le Ministère de la Culture a fait paraître son édition de l’Observatoire de l’égalité entre les hommes et les femmes dans la culture et la communication .

L’édition 2026 est déjà la 14ᵉ édition consécutive, l’Observatoire ayant été lancé en 2013. Riche de 120 tableaux et de 114 pages, ce rapport est outil de référence incontournable. Il permet d’observer, cette année encore, les progrès en termes d’égalité dans le secteur, mais aussi les nombreuses inégalités persistantes : écarts de rémunération, différenciation des allocations d’aides et de financements, etc…  Que peut-on en retenir ? 

On constate tout d’abord une présence équilibrée des travailleur·euses hommes et femmes dans la culture en général, et en cours d’harmonisation à travers les différents secteurs.

La culture est un domaine d’activité mixte, avec un nombre de femmes et d’hommes y travaillant presque équivalent. Les femmes y sont même légèrement majoritaires (51% des travailleur·euses du domaine en 2023). 

Si historiquement la répartition des genres au sein des différents secteurs (par ex. arts visuels, spectacle vivant, architecture, etc.) a été très différenciée, on remarque une tendance ces dernières années à l’harmonisation : 

  • La part de travailleuses femmes augmente dans les secteurs dans lesquels elles étaient, et sont parfois encore, sous-représentées : Par exemple, de 2010 à 2023, la part des femmes a augmenté de 12 points dans le secteur audiovisuel. 
  • Au contraire, la part des femmes a tendance à diminuer dans les secteurs dans lesquels elles étaient autrefois sur-représentées : Par exemple, dans le secteur du livre et de la presse, leur part a baissé de 4 points depuis 2010.

Ces écarts ont réduit grâce à l’arrivée de jeunes travailleur·euses sur le marché du travail dans ces secteurs, la part des femmes étant plus élevée chez les moins de 34 ans, et encore plus chez les moins de 24.

​ En effet, les femmes continuent d’être plus nombreuses dans l’enseignement supérieur culturel public dans tous les secteurs.

Elles représentent 66% des étudiant.es dans l’ensemble de l’enseignement supérieur Culture en 2024-2025 (contre 60% en 2012-2013) .

Pourtant, les femmes jeunes diplômées sont confrontées à une insertion professionnelle légèrement plus difficile que leurs homologues masculins : 88% des femmes diplômées en 2021 ont trouvé un emploi en 2024, contre 92% chez les hommes. 

NB : Pas de chiffres disponibles sur la qualité de leur insertion (CDD, CDI, temps partiel, etc) bien que nous savons que les femmes sont plus concernées par l’emploi précaire, et que cela peut être particulièrement le cas ces premières années après le diplôme. 

Surtout, sur le marché du travail, les femmes continuent de souffrir de nombreuses inégalités professionnelles. 

Ainsi, les écarts de rémunération persistent malgré une légère baisse l’année passée : Par exemple, en 2024, les revenus annuels bruts par équivalent temps plein des salariées permanentes du spectacle et de l’audiovisuel sont toujours inférieurs de 14 points à ceux de leurs homologues masculins (contre 16 l’année précédente).

Cette année pour la 1ère fois, nous disposons des chiffres concernant les droits d’auteurs en fonction du genre des artistes-auteur.ices (issus de la DEPS), ce qui permet le constat de graves écarts de perception de ces droits qui ont tendance à se creuser.  Ainsi, en 2025, on peut observer un écart de 51% entre le revenu moyen pour une contribution par répertoire en spectacle vivant entre les hommes et les femmes dans les droits d’auteurs perçus à la SACD (contre 46% en 2024 et 41% en 2023).

Par ailleurs, on observe des évolutions fluctuantes concernant la parité dans les programmations de spectacles et expositions

  • Une progression constante de la parité en arts visuels. Les artistes exposées dans les FRAC constituent 40% des artistes totales exposées en 2024 (contre 25% en 2018). Les acquisitions d’œuvres de femmes progressent également.
  • Une année qui confirme la stagnation des domaines du cinéma et du théâtre. Cette année, de manière inédite, les chiffres du théâtre privé font partie du rapport. Ainsi, 36% des spectacles des théâtres privés de la saison 2024-2025 ont été dirigés par des femmes (+7% par des collectifs mixtes), soit des chiffres comparables à ceux des établissements publics nationaux ou labellisés (39% sur la même saison avec 9% de collectifs mixtes)… et qui sont identiques à ceux de la saison 2017-2018.
  • Des points noirs en musiques d’orchestres et musiques actuelles  avec dans le premier une baisse de quelques points en terme de présence des femmes dans la programmation, et dans les deux cas une présence féminine très faible à la direction et au lead de projets. Par exemple, 20% seulement de spectacles dirigés par des femmes dans les établissements publics nationaux accueillant des opéras. / 24% de leads féminins dans la programmation des spectacles de musiques actuelles.

En revanche, on peut constater une augmentation nette et constante de la proportion de financements de projets artistiques menés par des femmes dans tous les domaines depuis l’année 2018, sauf pour les aides versées aux ensembles musicaux. Cette avancée serait-elle rendue possible par la progression remarquable de la parité au sein des jurys, commissions et conseils ? 

Malgré tout, le retard est long à rattraper, ainsi le domaine dans lequel les aides versées aux projets féminins et masculins sont les plus égalitaires est la danse, avec 43% des aides aux équipes chorégraphiques qui sont versées à des femmes en 2024. 

Quant à la musique – qui ne progresse pas – elle fait face à une répartition des aides particulièrement concentrée vers des récipiendaires masculins avec, par exemple, 83% des aides aux ensembles musicaux qui leur sont versés. 

Enfin, 2026 a été une bonne année pour la reconnaissance et la consécration d’artistes féminines, ce qui permet de faire remonter les indicateurs. On pense notamment au César du meilleur film décerné à une femme pour la deuxième fois depuis 2010 ! Aucune tendance n’est cependant encore constatable.